Borloo : «Je m'engage auprès de Sarkozy», Le Figaro, 22 mars 2012 PDF Imprimer

Interview Le Figaro

Pour le président du Parti radical, le candidat devra «prendre en compte» les idées du centre.

LE FIGARO. - Y a-t-il en France un risque d'amalgame entre fondamentalisme islamiste et islam?

Jean-Louis BORLOO. - Je ne le crois pas. Les Français font clairement la différence. Les communautés et les institutions de la République ont fait corps. Cela confirme la bonne santé de notre démocratie et de notre Nation. J'aime notre pays, capable de très grands sursauts d'union nationale quand l'essentiel est en jeu. La France a répondu à l'appel pour faire front devant ces actes de terrorisme.

Ce contexte est-il un terreau favorable à l'expansion du Front national, comme le craint François Bayrou?

Les cellules terroristes dormantes sur les territoires occidentaux existent. Mais cela n'a pas de rapport direct avec la politique française. Contrairement à une idée reçue, la France est beaucoup plus apaisée qu'il y a dix ans, notamment dans les quartiers, qui se sont formidablement transformés et où les réussites des habitants sont de plus en plus visibles et évidentes. Il faut poursuivre ces efforts et lutter contre les fragilités restantes.

Comment avez-vous trouvé Nicolas Sarkozy durant cette crise?

Présidentiel, sobre et efficace.

Le Parti radical a accordé un «soutien de principe» et «vigilant» à Nicolas Sarkozy. Remplit-il le rôle que vous souhaitiez le voir incarner?

Lors de notre congrès du 10 mars, nous avons expliqué que la France devait être juste pour qu'elle devienne forte. Que le candidat de la majorité ne pouvait l'emporter le 6 mai sans le soutien de son aile sociale et centriste. J'ai attentivement écouté Nicolas Sarkozy depuis, quand il a défendu la nouvelle taxe sur les grands groupes, les mesures concernant les exilés fiscaux et les avancées vers un grand plan de formation professionnelle. Ces évolutions correspondent à nos souhaits. Je m'engage aujourd'hui auprès de lui pour une France juste et pour peser sur le projet avant le premier tour. J'y mettrai toute mon énergie et toute ma force. Je le fais sans état d'âme et sans rien renier de ce que je suis et de ce que je crois. Comme Philippe Séguin en 1995, quand il défendait une conception et des valeurs complémentaires au projet défendu par Jacques Chirac et Alain Juppé.

Quelles sont les lacunes du projet de Nicolas Sarkozy?

J'ai bien compris le projet d'une France forte, ses aspects régaliens indispensables, la compétitivité des entreprises, la défense de notre industrie, la régulation avec la taxe sur les transactions financières et une évolution nécessaire de l'Europe. Mais nous devons aussi profiter de cette élection pour traiter plusieurs des fragilités qui touchent nos concitoyens. Fragilité des ménages surendettés, fragilité des enfants devant l'échec scolaire, fragilité des territoires et de leurs ressources, fragilité des travailleurs qui doivent se loger et des chômeurs devant la formation. Je défendrai ces priorités aux côtés du candidat ainsi que des mesures complémentaires pour relancer la croissance: un nouveau plan de services à la personne et un soutien aux PME en débloquant 30 milliards d'euros d'épargne de long terme. Nous avons besoin de ce nouvel élan, la France a besoin de ce nouvel espoir.

Ces priorités conditionnent-elles votre soutien?

Ce ne sont pas des conditions, il n'y a pas de tractations, c'est l'expression de notre sensibilité complémentaire, de notre valeur ajoutée à nous, radicaux et centristes de la majorité. Le candidat sait qu'il aura besoin de ce pilier complémentaire. Ce sont des points supplémentaires que les radicaux et les centristes apportent au projet. Et je suis absolument convaincu que Nicolas Sarkozy prendra en compte ces propositions.

La réunification des centres reste-t-elle une priorité pour vous?

C'est une absolue nécessité. Les Français doivent avoir l'assurance que nous exercerons notre rôle dans cette majorité composée de deux piliers. Il ne suffit pas de peser sur le projet. Pour s'assurer de son application, il est indispensable qu'il y ait un groupe indépendant de cen­tristes et de radicaux à l'Assemblée nationale. Ce groupe est incontournable.

Jean-François Copé ne veut pas en entendre parler…

C'est bien normal, il est dans son rôle de secrétaire général de l'UMP. Mais ce sont les parlementaires qui décideront et personne d'autre. Il ne s'agit pas de rompre l'union de la majorité. Il faut simplement que les radicaux, les centristes, les progressistes, les humanistes se donnent les moyens d'être mieux entendus qu'ils ne l'ont été.

François Bayrou a-t-il sa place dans cet ensemble?

Il a évidemment toute sa place dans cette grande famille centriste et centrale. Il me paraît indispensable que nous parvenions à un groupe commun.

Au sein donc de la majorité?

Bien sûr. D'ailleurs, Nicolas Sarkozy a eu raison en 2007 de faire l'ouverture. Et je pense que demain il faudra conserver cet esprit d'ouverture, voire d'union nationale face aux grands défis que nous avons à relever.

Y compris avec les socialistes?

Sur des thèmes d'union nationale, sur des propositions précises, ce serait la preuve que notre pays est adulte.

Nicolas Sarkozy est-il en mesure de gagner?

Oui, car je suis persuadé qu'il saura incarner à la fois une France forte et juste.

 
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